28.11.2008

Le passé imaginaire

Mythes et légendes

Les mythes dépendent de l’interprétation du symbolisme qui en fait leur sens profond mais définir la nature intrinsèque du mythe est plus ardu. Pour Platon c’était "une façon de traduire ce qui relève de l’opinion et non de la certitude scientifique." Les philosophes y voient "un ensemble de symboles très anciens, destinés primitivement à envelopper les dogmes philosophiques et les idées morales, dont le sens serait perdu" (Lavedan). "Nous utilisons à chaque instant des symboles. Ils proviennent de multiples disciplines de recherche, l'histoire des civilisations et des religions, en passant par l'étude de la linguistique, la psychologie, la critique d'art, l'anthropologie et la médecine. Ces disciplines sont à la base de techniques de propagandes diverses, de théories politiques et sectaires, voire de techniques de persuasion (vente) ou publicité. Les symboles nous font agir, mêlent des énergies incroyables qui agissent en nous et nous font réagir de façon plus ou moins consciente. Le symbole nous parle à travers nos croyances, nos idées, notre culture, influence nos émotions. Nous traduisons le symbole par une suggestivité personnelle, notre intuition…: ….L'explication du symbole est personnelle, variant de l'un à l'autre parce qu'elle procède tout entière de l'être. Chaque explication est l'héritage à la fois bio-physico-psychologique de civilisations millénaires mais aussi, il est différencié par la tradition, la culture individuelle voire l'anxiété du sujet éprouvé à un certain moment crucial de sa vie intime. Le symbole est la cristallisation des forces instinctives ou spirituelles d'un individu, plus ou moins déformée par le prisme de sa conscience des choses."Josyane Joyce; Explication des Rêves".

D’autres évoquent une dramaturgie sociale ou une histoire poétisée. Une représentation de la vie des peuples, leur histoire avec ses héros et ses exploits, rejouée symboliquement au niveau des dieux et de leurs aventures.

L’interprétation éthico-psychologique de Paul Diel instaure une dimension supplémentaire: Les figures les plus significatives de la mythologie représentent chacune une fonction de la psyché et leurs relations entre elles expriment la vie psychique des hommes, partagés entre les tendances opposées vers la sublimation ou le pervertissement. (d’après le dictionnaire des symboles – Jean chevalier, Alain Gheerbrant).

Les embryons de la pensée mythique sont probablement contemporains de l’éveil de la conscience, du langage, et de l’abstraction. Mais la préhistoire de l’Europe contribue à une compréhension accrue des développements tous azimuts que les mythes vont acquérir dans les temps reculés.

Au VIIe millénaire av. J.-C. l'Europe en est encore au "néolithique". Les peuples clairsemés qui l’habitent vénèrent la Déesse Mère, la Terre. Cette déesse s’identifie aussi avec les cycles de la nature, la nouvelle lune, l’eau. La société est de type matriarcal pratiquant l’agriculture et l’élevage. Les foyers principaux sont à l’est, les plaines du Danube, à l’ouest les peuples des mégalithes tout au long de l’océan atlantique.

Au Ve millénaire apparaissent très à l’est, au nord de la Mer Noire, les Kourganes. Ces tumulus funéraires indiquent d’autres coutumes. On y trouve des haches de combat, des poignards, et les chefs sont inhumés avec de jeunes femmes, probablement immolées. Le peuple des kourganes vient des lointaines steppes de Russie et progresse lentement vers l’ouest. Il adore le soleil, l’éclair, le père (non comme géniteur mais comme chef suprême tout puissant). Ces migrations d'est en ouest vont se généraliser dans les millénaires suivants ; elles portent avec elles  l’indo-européen, langue d’où sont issues les langues d’Europe construites sur ses racines : (Langues celtiques, romanes, germaniques, slaves, baltes, helléniques).

La rencontre des deux "civilisations" sera à l’origine du "Miracle Grec" montrant non pas la phagocytose des plus faibles par les plus forts, mais une complémentarité, une symbiose culturelle particulièrement évidente dans  le profil  des principaux dieux.

*** Zeus, Arès et Poséidon cumulent sur leur tête la symbolique musclée des migrants (ciel, foudre, tonnerre, éclairs, tremblements de terre, tempêtes, carnages …)

*** Déméter, Perséphone et Aphrodite sont plus paisibles (moissons et fécondité, germination après le séjour aux enfers, amour et beauté…)

***Quant à Apollon (soleil et médecine), Héra (violente mais maternelle) et Athéna (guerrière mais symbole de sagesse et de paix) ils procèdent d’une mixité complexe, d’une synthèse des contraires qui, alliée aux caractères sans ambiguïté des précédents, fait la richesse subtile de tous les mythes, et de ceux liés aux Arbres d’Europe en particulier.

Pour conclure  ces quelques notions, comment ne pas laisser la parole à  Claude Lévi-Strauss ? "Malgré les nuages d’encre projetés par la tradition judéo-chrétienne pour la masquer, aucune situation ne paraît plus tragique […] que celle d’une humanité qui coexiste avec d’autres espèces sur une terre dont elles partagent la jouissance, et avec lesquelles elle ne peut communiquer. On comprend que les mythes refusent de tenir cette tare de la création pour originelle, qu’ils voient dans son apparition l’événement inaugural de la condition humaine et de l’infirmité de celle-ci." Ainsi pour Claude Lévi-Strauss "les mythes seraient, pour l’homme, le refus d’être infirme; le rêve d’être accueilli dans la grande famille des enfants de la terre où l’échange avec ses frères vivants anéantirait l’angoisse de la solitude".

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commence une intéressante suite de notes sur le langage des fleurs et des arbres.

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